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Objet d’étude : le roman, vision de l’homme et du monde Textes A - Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857 B - Emile Zola, La Curée, 1872 C - Jean Giono, Le Moulin de Pologne, 1952 TEXTE A Emma Bovary, fille d’un riche cultivateur et femme d’un médecin de campagne, est
Objet d’étude : le roman, vision de l’homme et du monde Textes A - Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857 B - Emile Zola, La Curée, 1872 C - Jean Giono, Le Moulin de Pologne, 1952 TEXTE A Emma Bovary, fille d’un riche cultivateur et femme d’un médecin de campagne, est une jeune femme romanesque, qui rêve d’une vie remplie de grands sentiments et de luxe. Elle et son mari sont invités au bal donné par le marquis d’Andervilliers. 1 A trois heures du matin, le cotillon1 commença. Emma ne savait pas valser. Tout le monde valsait, Mlle d'Andervilliers elle-même et la marquise ; il n'y avait plus que les hôtes du château, une douzaine de personnes à peu près. Cependant, un des valseurs, qu'on appelait familièrement vicomte, et dont le gilet très 5 ouvert semblait moulé sur sa poitrine, vint une seconde fois encore inviter Mme Bovary, l'assurant qu'il la guiderait et qu'elle s'en tirerait bien. Ils commencèrent lentement, puis allèrent plus vite. Ils tournaient ; tout tournait autour d'eux, les lampes, les meubles, les lambris, et le parquet, comme un disque sur un pivot. En passant auprès des portes, la robe d'Emma, par le bas, s'ériflait au2 10 pantalon ; leurs jambes entraient l'une dans l'autre; il baissait ses regards vers elle, elle levait les siens vers lui ; une torpeur la prenait, elle s'arrêta. Ils repartirent ; et, d'un mouvement plus rapide, le vicomte, l'entraînant, disparut avec elle jusqu'au bout de la galerie, où, haletante, elle faillit tomber, et, un instant, s'appuya la tête sur sa poitrine. Et puis, tournant toujours, mais plus doucement, il la reconduisit à sa place ; 15 elle se renversa contre la muraille et mit la main devant ses yeux. Quand elle les rouvrit, au milieu du salon, une dame assise sur un tabouret avait devant elle trois valseurs agenouillés. Elle choisit le vicomte, et le violon recommença. On les regardait. Ils passaient et revenaient, elle immobile du corps et le menton 20 baissé, et lui toujours dans sa même pose, la taille cambrée, le coude arrondi, la bouche en avant. Elle savait valser, celle-là ! Ils continuèrent longtemps et fatiguèrent tous les autres. On causa quelques minutes encore et, après les adieux ou plutôt le bonjour, les hôtes du château s'allèrent coucher. 25 Charles se traînait à la rampe, les genoux lui rentraient dans le corps. Il avait passé cinq heures de