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Objet d’étude : La question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours Le sujet comprend : Texte A : L’Abbé PRÉVOST, Manon Lescaut, 1753 Texte B : Julie de LESPINASSE, Lettres à Condorcet, Lettre 7, 1774-1775 Texte C : Antoine de SAINT-EXUPÉRY, Terre des
Objet d’étude : La question de l’homme dans les genres de l’argumentation, du XVIe siècle à nos jours Le sujet comprend : Texte A : L’Abbé PRÉVOST, Manon Lescaut, 1753 Texte B : Julie de LESPINASSE, Lettres à Condorcet, Lettre 7, 1774-1775 Texte C : Antoine de SAINT-EXUPÉRY, Terre des hommes, chapitre 2, « Les camarades », 1939 2/6 17FRTEPO3 Texte A : L’Abbé PRÉVOST, Manon Lescaut, 1753 Le chevalier Des Grieux se confie à son ami Tiberge à propos de sa liaison avec Manon Lescaut. Nous nous assîmes sur un banc. Hélas ! lui dis-je, avec un soupir parti du fond du cœur, votre compassion doit être excessive, mon cher Tiberge, si vous m’assurez qu’elle est égale à mes peines. J’ai honte de vous les laisser voir, car je confesse que la cause n’en est pas glorieuse, mais l’effet est si triste qu’il n’est pas besoin de m’aimer autant que 5 vous faites pour en être attendri. Il me demanda, comme une marque d’amitié, de lui raconter sans déguisement1 ce qui m’était arrivé depuis mon départ de Saint-Sulpice. Je le satisfis ; et loin d’altérer quelque chose à la vérité, ou de diminuer mes fautes pour les faire trouver excusables, je lui parlai de ma passion avec toute la force qu’elle m’inspirait. Je la lui représentai comme un de ces coups particuliers du destin qui s’attache à la ruine 10 d’un misérable, et dont il est aussi impossible à la vertu de se défendre qu’il l’a été à la sagesse de les prévoir. Je lui fis une vive peinture de mes agitations, de mes craintes, du désespoir où j’étais deux heures avant que de le voir, et de celui dans lequel j’allais retomber, si j’étais abandonné par mes amis aussi impitoyablement que par la fortune ; enfin j’attendris tellement le bon Tiberge, que je le vis aussi affligé par la compassion que 15 je l’étais par le sentiment de mes peines. Il ne se lassait point de m’embrasser, et de m’exhorter2 à prendre du courage et de la consolation, mais, comme il supposait toujours qu’il fallait me séparer de Manon, je lui fis entendre nettement que c’était cette séparation même que je regardais comme la plus grande de mes infortunes, et que j’étais disposé à souffrir, non seulement le dernier excès de la misère, mais la mort la plus cruelle, avant 20 que de recevoir un remède plus insupportable