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Objet d’étude : Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours Le sujet comprend : Texte A : Honoré de Balzac, Sarrasine, 1830 Texte B : Gérard de Nerval, Les Filles du Feu, section « Sylvie », chapitre II, « Adrienne », 1854 Texte C : Jules Verne,
Objet d’étude : Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours Le sujet comprend : Texte A : Honoré de Balzac, Sarrasine, 1830 Texte B : Gérard de Nerval, Les Filles du Feu, section « Sylvie », chapitre II, « Adrienne », 1854 Texte C : Jules Verne, Le château des Carpathes, chapitre IX, 1892 2/6 19FRTEPO3 Texte A : Honoré de Balzac, Sarrasine, 1830 Le sculpteur Ernest-Jean Sarrasine est tombé sous le charme d’une chanteuse d’opéra italienne, la Zambinella. Tout à coup des applaudissements à faire crouler la salle accueillirent l’entrée en scène de la prima donna1. Elle s’avança par coquetterie sur le devant du théâtre, et salua le public avec une grâce infinie. Les lumières, l’enthousiasme de tout un peuple, l’illusion de la scène, les prestiges d’une toilette qui, à cette époque, était assez engageante, 5 conspirèrent en faveur de cette femme. Sarrasine poussa des cris de plaisir. Il admirait en ce moment la beauté idéale de laquelle il avait jusqu’alors cherché çà et là les perfections dans la nature, en demandant à un modèle, souvent ignoble, les rondeurs d’une jambe accomplie ; à tel autre, les contours du sein ; à celui-là, ses blanches épaules ; prenant enfin le cou d’une jeune fille, et les mains de cette femme, et les 10 genoux polis de cet enfant, sans rencontrer jamais sous le ciel froid de Paris les riches et suaves2 créations de la Grèce antique. La Zambinella lui montrait réunies, bien vivantes et délicates, ces exquises proportions de la nature féminine si ardemment désirées, desquelles un sculpteur est, tout à la fois, le juge le plus sévère et le plus passionné. C’était une bouche expressive, des yeux d’amour, un teint d’une blancheur éblouissante. 15 Et joignez à ces détails, qui eussent ravi un peintre, toutes les merveilles des Vénus révérées et rendues par le ciseau des Grecs. L’artiste ne se lassait pas d’admirer la grâce inimitable avec laquelle les bras étaient attachés au buste, la rondeur prestigieuse du cou, les lignes harmonieusement décrites par les sourcils, par le nez, puis l’ovale parfait du visage, la pureté de ses contours vifs, et l’effet de cils fournis, recourbés qui 20 terminaient de larges et voluptueuses paupières. C’était plus qu’une femme, c’était un chef-d’œuvre ! Il se trouvait dans cette création inespérée de l’amour à ravir tous les hommes, et des beautés dignes de satisfaire un critique. Sarrasine