Aperçu du sujet
Objet d’étude : Le roman et ses personnages du XVIIème siècle à nos jours Le sujet comprend : Texte A : Henri BARBUSSE, Le Feu, 1916 Texte B : Roland DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919 Texte C : Marcel PROUST, Le Temps retrouvé, 1927 2/6 19FRTEPO1 Texte A :
Objet d’étude : Le roman et ses personnages du XVIIème siècle à nos jours Le sujet comprend : Texte A : Henri BARBUSSE, Le Feu, 1916 Texte B : Roland DORGELÈS, Les Croix de bois, 1919 Texte C : Marcel PROUST, Le Temps retrouvé, 1927 2/6 19FRTEPO1 Texte A : Henri BARBUSSE, Le Feu, 1916 Alors que le régiment du narrateur se rend de nuit sur les premières lignes du front pour consolider des tranchées, il subit un bombardement allemand très violent. — On est foutus, c’coup-ci. Une forme, un peu en avant de l’endroit où je suis, s’est soulevée et a crié : — Allons-nous-en ! Des corps qui gisaient s’érigèrent à moitié hors du linceul de boue qui1, de leurs 5 membres, coulaient en pans, en lambeaux liquides, et ces spectres macabres crièrent : — Allons-nous-en ! On était à genoux, à quatre pattes ; on se poussait du côté de la retraite2. — Avancez ! Allons, avancez ! Mais la longue file resta inerte. Les plaintes frénétiques des crieurs ne la déplaçaient 10 pas. Ceux qui étaient, là-bas, au bout, ne bougeaient pas et leur immobilité bloquait la masse. Des blessés passèrent par-dessus les autres, rampant sur eux comme sur des débris, et ces blessés ont arrosé toute la compagnie de leur sang. On apprit enfin la cause de l’affolante immobilité de la queue du détachement : 15 — Y a un barrage au bout. Une étrange panique emprisonnée, aux cris inarticulés, aux gestes murés, s’empara des hommes qui étaient là. Ils se débattaient sur place et clamaient. Mais, si petit que fût l’abri du fossé ébauché, personne n’osait sortir de ce creux qui nous empêchait de dépasser le niveau du sol, pour fuir la mort vers la tranchée transversale qui devait être 20 là-bas… Les blessés auxquels il était permis de ramper par-dessus les vivants risquaient singulièrement en le faisant et à tout instant étaient frappés et retombaient au fond. C’était vraiment une pluie de feu qui s’abattait partout, mêlée à la pluie. De la nuque aux talons on vibrait, mêlés profondément aux vacarmes surnaturels. La plus hideuse des morts descendait et sautait et plongeait tout autour de nous dans des flots de lumière. 25 Son éclat soulevait et arrachait l’attention dans tous les sens. La chair s’apprêtait au monstrueux sacrifice !… L’émotion qui nous annihilait était si forte qu’en ce moment seulement on s’est souvenus