Aperçu du sujet
Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Texte : Sylvie Germain, Le Livre des Nuits, 1985. Mathurin et son frère Augustin sont appelés à prendre part à
Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Texte : Sylvie Germain, Le Livre des Nuits, 1985. Mathurin et son frère Augustin sont appelés à prendre part à la Première Guerre mondiale. Ils partent pour rejoindre le front et traversent une zone ravagée par les combats. Obligés de faire un détour, ils parviennent au bord de la mer. Ils partirent à la tombée d’une nuit d’automne, glissant à travers les forêts dont les lisières parfois tremblaient et rougeoyaient de loin en loin. Ils se laissèrent dériver le long des rivières, se mêlèrent à des hordes de gens hagards1 abandonnant leurs villages en cendres et même à des troupeaux de bêtes chassées des prés dévastés. 5 Ils se vêtirent d’ombre et de silence et se couchèrent souvent parmi les morts qui traînaient au hasard de leur route. Ils traversèrent le pays de leur père mais ne le surent pas ; d’ailleurs il n’y avait rien à découvrir, le paysage depuis leur départ était partout le même, la guerre avait tout arasé2 et indifférencié. Mais plus ils s’éloignaient ainsi de chez eux et plus leurs cœurs y faisaient retour. 10 Tout le temps de leur fuite ils ne se parlèrent pas et jamais ne se séparèrent, seul comptait pour chacun d’entendre et de sentir le souffle de l’autre à son côté. Un jour ils parvinrent au bout de la terre et découvrirent la mer ; ils n’avaient jamais vu la mer, ils étaient des hommes des champs et des forêts. Ils restèrent un long moment à contempler cette énorme masse d’un gris plombé qui mugissait3 une 15 plainte rauque4 et continue comme une supplication vide. Mathurin aima la mer qui lui évoquait le beuglement de ses bœufs. Augustin ne l’aima pas, il lui trouva un goût de mort. Lorsqu’il s’élança vers eux, hors d’haleine, ils ne le reconnurent pas. Il s’affaissa aux pieds de Mathurin et s’échoua sur le flanc. Ses pattes étaient en sang et son 20 pelage noir était roussi5, souillé de boue, marqué de plaies à plusieurs endroits. Ses yeux étincelaient de l’éclat fixe et sourd des cailloux au fond de l’eau. À son cou il portait une petite sacoche de cuir qu’une balle avait dû traverser. Il haletait6 si fort que la rumeur de la mer