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Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle. Pierre Michon, Vies minuscules, « Vie des frères Bakroot », 1984. Accompagné par sa mère, le jeune narrateur s’installe pour
Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle. Pierre Michon, Vies minuscules, « Vie des frères Bakroot », 1984. Accompagné par sa mère, le jeune narrateur s’installe pour la première fois en pension dans un lycée. A cette époque, la rentrée avait lieu en octobre. On intégrait le lycée dès la 6e. Ma mère, donc, un jour d’octobre, me conduisit dans cette maison magique d’où je pensais sortir papillon. La butte que couronne le lycée porte des marronniers qui se défeuillaient ; le haut bâtiment où des briques éteintes alternent avec des granits perdait superbement le noir de ses ardoises dans le ciel noir. Il me parut multiple, orthogone1 et 5 fatal, caverneux comme un temple, une caserne de lanciers ou de centaures ; je n’eusse pas été surpris que le Panthéon, ou aussi bien le Parthénon2, dont je ne connaissais que les noms et que je confondais l’un et l’autre, y ressemblassent. C’est que là aussi se tapissait le Savoir, bête antique, inexistante et pourtant goulue3, qui vous prive de votre mère et vous livre, à dix ans, à un simulacre4 du monde ; de cela s’émouvait le vent dans les marronniers 10 démontés. L’après-midi s’écoula en formalités d’installation ; ma mère s’activait à la lingerie, au dortoir, à l’étude ; mon nom apparaissait sur des placards, un lit. Je ne m’y reconnaissais pas ; mon identité était dans ces jupes que je suivais, craintif et honteux de ma crainte, la présence de ces garçons malhabiles mais indiscrets m’interdisant de me jeter vers elles, d’y 15 redevenir petit, d’y renoncer à mes prérogatives5 absurdes dont l’usage m’épouvantait. Le soir vint, nous nous séparâmes ; mon cœur s’élançait avec celle qui partait, prenait la micheline6, consterné arrivait à Mourioux7 où je n’étais pas ; que faisait ici mon corps de plomb ? La récréation nocturne me jeta dehors : le grand vent soulevait dans la cour toute noire d’étranges papiers froissés, lunaires mais obscurs, des journaux ouverts qui soudain 20 s’enlevaient et trouaient la nuit, tout blancs et spectraux comme des hiboux, à la merci8 d’un rien, tournoyant, ils sombraient. Je m’abîmais dans ces disparitions infimes : je pleurais et déguisais mes pleurs. Vous commenterez ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à : - une séparation