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Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Wajdi Mouawad, Anima, 2012. Le roman de Mouawad a une particularité : chaque chapitre est écrit du point de vue
Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Wajdi Mouawad, Anima, 2012. Le roman de Mouawad a une particularité : chaque chapitre est écrit du point de vue d’un animal. Il s’agit ici du chapitre intitulé « Grus canadensis ». Parties à l’aube, nous volions très haut dans le ciel, guidées par la plus âgée de notre nuée. Elle formait à elle seule l’avant-garde et nous entraînait en direction du soleil vers un point déterminé de l’horizon d’où tout à coup est parti un vent mauvais, précurseur de tempête, et dont le souffle glacial nous est parvenu comme un chant plein de menaces. 5 Percevant le danger, elle, la plus prodigieuse et la plus âgée, qui a connu toutes les migrations, qui a niché au nord comme au sud, s’est mise à branler de la tête et à claquer fiévreusement du bec. Elle a porté son regard aux confins des lumières, puis, irritée, en colère contre l’orage de plus en plus proche, elle a lancé un cri long et strident que nous avons repris en chœur pour avertir les autres, derrière nous, de la manœuvre qui se 10 préparait. Kèr-lou ! Ker-li-ou ! L’air s’engouffrait dans nos gueules ouvertes et déchirait nos joues. Le froid pénétrait nos poumons comme des coulées de neige. Kèr-lou ! Ker-li-ou ! Soudain, sans nous avertir, elle, la plus âgée, a refermé ses ailes pour se laisser tomber comme une pierre. Sans attendre nous l’avons imitée et sommes tombées à notre tour. Plusieurs se sont désarticulées dans le ciel noir, emportées, projetées, le cou en vrille, 15 ballottées sans vie, cassées, défaites dans les gifles de la tempête. Je tentais désespérément de garder mes ailes repliées pour ne pas être démembrée à mon tour par le hachoir des accélérations tandis que, plus bas, je devinais la débâcle de mes compagnes qui se débattaient contre la férocité de la pluie. Certaines se laissaient choir jusqu’au ras du sol pour rouvrir leurs ailes au dernier instant et regagner les cimes des arbres où elles 20 trouvaient refuge, mais plusieurs parmi les plus jeunes et les moins expérimentées de notre nuée échouaient dans leur manœuvre et explosaient contre la terre. J’ai voulu déployer mes ailes pour freiner ma chute, mais j’ai heurté, sans le vouloir, un