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Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire (20 points) Objet d’étude « Le roman et le récit, du Moyen-Âge au XXIe siècle » TEXTE : Pierre MICHON, La Grande Beune, 1995 Le narrateur est un jeune instituteur nommé, pour son premier poste, à Castelnau, au
Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire (20 points) Objet d’étude « Le roman et le récit, du Moyen-Âge au XXIe siècle » TEXTE : Pierre MICHON, La Grande Beune, 1995 Le narrateur est un jeune instituteur nommé, pour son premier poste, à Castelnau, au fin fond de la Dordogne. Il s’installe dans une pension appelée « Chez Hélène ». On descendait par trois marches à la salle commune ; elle était enduite de ce badigeon sang de bœuf qu’on appelait naguère rouge antique ; ça sentait le salpêtre ; quelques buveurs assis parlaient haut entre des silences, de coups de fusil et de pêche à la ligne ; ils bougeaient dans un peu de lumière qui leur faisait des ombres sur les murs ; vous leviez les yeux et au-dessus 5 du comptoir un renard empaillé vous contemplait, sa tête aiguë violemment tournée vers vous mais son corps comme courant le long du mur, fuyant. La nuit, l’œil de la bête, les murs rouges, le parler rude de ces gens, leurs propos archaïques, tout me transporta dans un passé indéfini qui ne me donna pas de plaisir, mais un vague effroi qui s’ajoutait à celui de devoir bientôt af- fronter des élèves : ce passé me parut mon avenir, ces pêcheurs louches des passeurs qui 10 m’embarquaient sur le méchant rafiot1 de la vie adulte et qui au milieu de l’eau allaient me dé- trousser et me jeter par le fond, ricanant dans le noir, dans leur barbe sans âge et leur mauvais patois ; puis accroupis au bord de l’eau sans un mot ils écaillaient de grands poissons. Les eaux confuses de septembre frappaient aux carreaux. Hélène était vieille et massive comme la sibylle de Cumes2, comme elle réfléchie, et de même attifée de belles guenilles3, coiffée d’un 15 fichu roulé ; son gros bras à la manche relevée essuyait la table devant moi ; ces gestes humbles rayonnaient d’orgueil, d’une joie silencieuse : je me demandai quelle aventure l’avait mise à la tête de cette taverne rouge sur quoi régnait au-dessus d’elle un renard. Je lui deman- dai à dîner ; elle s’excusa modestement de ses fourneaux éteints, de son grand âge, et me ser- vit à profusion de ces choses froides qui dans les récits tiennent au corps de pèlerins et de 20 gens d’armes, avant que dans leur corps ne