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Vous traiterez, au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire (20 points) Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Vous commenterez le texte suivant : Simone de BEAUVOIR, Tous les hommes sont mortels, 1946 Le narrateur est né en 1279. Devenu
Vous traiterez, au choix, l’un des deux sujets suivants : 1- Commentaire (20 points) Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Vous commenterez le texte suivant : Simone de BEAUVOIR, Tous les hommes sont mortels, 1946 Le narrateur est né en 1279. Devenu immortel, il traverse les siècles. Au XVIIIe siècle, suite à une offense commise contre Marianne de Sinclair, jeune femme rencontrée dans un salon, il est provoqué en duel par Richet. Je franchis la porte. Dehors c’était une belle nuit fraîche éclairée par la lune ; les rues étaient désertes. Les gens étaient calfeutrés1 dans leurs salons, dans leurs mansardes : chez eux. Nulle part je n’étais chez moi, la maison que j’habitais n’avait jamais été une maison : un campement ; ce siècle n’était pas mon siècle, et cette vie 5 qui se poursuivait vainement en moi n’était pas ma vie. Je tournai le coin d’une rue et je me trouvai sur le quai du fleuve ; j’aperçus le chevet de la cathédrale avec ses arcs- boutants2 blancs, ses statues qui descendaient en procession du haut du toit ; le fleuve coulait froid et noir entre les murs tapissés de lierre ; au fond des eaux il y avait la lune ronde. Je marchais, et elle avançait en même temps que moi, présente au fond de 10 l’eau, présente au fond du ciel, la lune détestée qui m’accompagnait depuis cinq cents ans, glaçant toutes choses de son regard glacé. Je m’appuyai au parapet3 de pierre ; l’église se dressait, rigide dans la lumière morte, seule et inhumaine comme moi ; tous ces hommes qui nous entouraient allaient mourir, et nous demeurerions debout. Je pensai : « Un jour elle s’effondrera à son tour, il n’y aura plus à sa place qu’un amas 15 de ruines ; un jour il n’en restera plus aucune trace, et la lune brillera au ciel, et je serai encore là. » Je suivis le fleuve. Peut-être qu’en ce moment Richet regardait la lune ; il regardait la lune et les étoiles, il pensait : « Je les vois pour la dernière fois » ; il se rappelait chaque sourire de Marianne de Sinclair, pensant : « L’ai-je vue pour la dernière fois ? » 20 Dans la crainte, dans l’espoir, il attendait l’aube avec fièvre. Moi aussi, si j’eusse été mortel, mon cœur aurait battu,