Aperçu du sujet
Objet d’étude : Le personnage de roman, du XVII e siècle à nos jours. Le sujet comprend : Texte A : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, 1678. Texte B : Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 1761. Texte C : Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913.
Objet d’étude : Le personnage de roman, du XVII e siècle à nos jours. Le sujet comprend : Texte A : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, 1678. Texte B : Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 1761. Texte C : Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913. Texte D : Albert Cohen, Belle du Seigneur, 1968. 17FRLILI1 Page : 2/7 TEXTE A : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, 1678. [Madame de Clèves, mariée à Monsieur de Clèves, aime en secret Monsieur de Nemours. Cet amour est réciproque mais la bienséance les empêche de se l’avouer. Madame de Clèves se réfugie dans une propriété loin de la Cour, pour éviter Monsieur de Nemours et préserver sa réputation. Mais il la suit et parvient à l’observer sans qu’elle ne le sache.] Il vit beaucoup de lumières dans le cabinet1 ; toutes les fenêtres en étaient ouvertes et, en se glissant le long des palissades, il s’en approcha avec un trouble et une émotion qu’il est aisé de se représenter. Il se rangea derrière une des fenêtres, qui servaient de porte, pour voir ce que faisait madame de Clèves. Il vit qu’elle était 5 seule ; mais il la vit d’une si admirable beauté qu’à peine fut-il2 maître du transport que lui donna cette vue. Il faisait chaud, et elle n’avait rien sur sa tête et sur sa gorge, que ses cheveux confusément rattachés. Elle était sur un lit de repos, avec une table devant elle, où il y avait plusieurs corbeilles pleines de rubans ; elle en choisit quelques-uns, et monsieur de Nemours remarqua que c’étaient des mêmes 10 couleurs qu’il avait portées au tournoi. Il vit qu’elle en faisait des nœuds à une canne des Indes, fort extraordinaire, qu’il avait portée quelque temps et qu’il avait donnée à sa sœur, à qui madame de Clèves l’avait prise sans faire semblant de la reconnaître3 pour avoir été à monsieur de Nemours. Après qu’elle eut achevé son ouvrage avec une grâce et une douceur que répandaient sur son visage les sentiments qu’elle 15 avait dans le cœur, elle prit un flambeau et s’en alla proche d’une grande table, vis-à- vis du tableau du siège de Metz4, où était le portrait de monsieur de Nemours ; elle s’assit et se mit à regarder ce portrait avec une attention et une rêverie5 que la passion seule peut donner. On