Aperçu du sujet
Objet d’étude : Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours. Le sujet comprend : Texte A : Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, Deuxième partie, Lettre XXIII, 1761 Texte B : Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1856 Texte C : André Gide, La Symphonie Pastorale, 1916 Texte D
Objet d’étude : Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours. Le sujet comprend : Texte A : Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, Deuxième partie, Lettre XXIII, 1761 Texte B : Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1856 Texte C : André Gide, La Symphonie Pastorale, 1916 Texte D : Pascal Quignard, Tous les matins du monde, 1991 19FRLILI1 Page : 2/7 Texte A : Rousseau, Julie ou La nouvelle Héloïse, Deuxième partie, Lettre XXIII, 1761 [Dans ce roman par lettres, un jeune homme, Saint-Preux, adresse à sa cousine de province, Mme d’Orbe, une longue lettre dans laquelle il lui rapporte ce qu’il découvre en assistant à un opéra à Paris. En voici un extrait.] Je ne vous parlerai point de cette musique ; vous la connaissez. Mais ce dont vous ne sauriez avoir d’idée, ce sont les cris affreux, les longs mugissements dont retentit le théâtre durant la représentation. On voit les actrices, presque en convulsion, arracher avec violence ces glapissements de leurs poumons, les poings 5 fermés contre la poitrine, la tête en arrière, le visage enflammé, les vaisseaux gonflés, l’estomac pantelant ; on ne sait lequel est le plus désagréablement affecté, de l’œil ou de l’oreille ; leurs efforts font autant souffrir ceux qui les regardent, que leurs chants ceux qui les écoutent ; et ce qu’il y a de plus inconcevable est que ces hurlements sont presque la seule chose qu’applaudissent les spectateurs. A leurs 10 battements de mains, on les prendrait pour des sourds charmés de saisir par-ci par- là quelques sons perçants, et qui veulent engager les acteurs à les redoubler. Pour moi, je suis persuadé qu’on applaudit les cris d’une actrice à l’Opéra comme les tours de force d’un bateleur1 à la foire : la sensation en est déplaisante et pénible, on souffre tandis qu’ils durent ; mais on est si aise de les voir finir sans accident qu’on 15 en marque volontiers sa joie. Concevez que cette manière de chanter est employée pour exprimer ce que Quinault2 a jamais dit de plus galant et de plus tendre. Imaginez les Muses, les Grâces, les Amours, Vénus même, s’exprimant avec cette délicatesse, et jugez de l’effet ! Pour les diables, passe encore ; cette musique a quelque chose d’infernal qui ne leur messied pas3. Aussi les magies, les évocations, 20 et toutes les fêtes du sabbat4, sont-elles toujours ce qu’on admire le plus