Aperçu du sujet
SUJET 1 Félix, le personnage principal du roman, est l’amant de Henriette de Mortsauf. Cette dernière est tiraillée entre son amour pour lui, et celui, éperdu, qu’elle porte à ses enfants. « J’avais oublié de vous rendre cette clef, lui dis-je en souriant. – Vous ne reviendrez donc plus ?
SUJET 1 Félix, le personnage principal du roman, est l’amant de Henriette de Mortsauf. Cette dernière est tiraillée entre son amour pour lui, et celui, éperdu, qu’elle porte à ses enfants. « J’avais oublié de vous rendre cette clef, lui dis-je en souriant. – Vous ne reviendrez donc plus ? dit-elle. – Est-ce que nous nous quittons ? » demandai-je en lui jetant un regard qui lui fit abaisser ses paupières pour voiler sa muette réponse. Je partis après quelques moments passés dans une de ces heureuses stupeurs des âmes arrivées là où finit l’exaltation et où commence la folle extase. Je m’en allai d’un pas lent, en me retournant sans cesse. Quand au sommet du plateau je contemplai la vallée une dernière fois, je fus saisi du contraste qu’elle m’offrit en la comparant à ce qu’elle était quand j’y vins : ne verdoyait-elle pas, ne flambait-elle pas alors comme flambaient, comme verdoyaient mes désirs et mes espérances ? Initié maintenant aux sombres et mélancoliques mystères d’une famille, partageant les angoisses d’une Niobé chrétienne1, triste comme elle, l’âme rembrunie, je trouvais en ce moment la vallée au ton de mes idées. En ce moment les champs étaient dépouillés, les feuilles des peupliers tombaient, et celles qui restaient avaient la couleur de la rouille ; les pampres2 étaient brûlés, la cime des bois offrait les teintes graves de cette couleur tannée que jadis les rois adoptaient pour leur costume et qui cachait la pourpre du pouvoir sous le brun des chagrins. Toujours en harmonie avec mes pensées, la vallée où se mouraient les rayons jaunes d’un soleil tiède me présentait encore une vivante image de mon âme. Quitter une femme aimée est une situation horrible ou simple, selon les natures ; moi je me trouvai soudain comme dans un pays étranger dont j’ignorais la langue ; je ne pouvais me prendre à rien, en voyant des choses auxquelles je ne sentais plus mon âme attachée. Alors l’étendue de mon amour se déploya, et ma chère Henriette s’éleva de toute sa hauteur dans ce désert où je ne vécus que par son souvenir. Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée (1836). 1 « angoisses d’une Niobé chrétienne » : craintes d’une mère de perdre ses enfants 2 « pampres » : branches de vigne Première partie : interprétation littéraire Quels rôles joue le paysage dans l’expression de la sensibilité du narrateur