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SUJET 1 Le bossu Triboulet, bouffon à la cour du roi François 1er, fait rire en se moquant cruellement des courtisans. Maudit par l’une de ses victimes, il s’est retiré, à l’écart de la cour. Le monologue est précédé de la didascalie suivante : « Triboulet – Profondément rêveur et
SUJET 1 Le bossu Triboulet, bouffon à la cour du roi François 1er, fait rire en se moquant cruellement des courtisans. Maudit par l’une de ses victimes, il s’est retiré, à l’écart de la cour. Le monologue est précédé de la didascalie suivante : « Triboulet – Profondément rêveur et la main sur son front ». Ah ! la nature et les hommes m’ont fait Bien méchant, bien cruel et bien lâche en effet ! Ô rage ! être bouffon ! ô rage ! être difforme ! Toujours cette pensée ! et, qu’on veille ou qu’on dorme, Quand du monde en rêvant vous avez fait le tour, Retomber sur ceci : Je suis bouffon de cour ! Ne vouloir, ne pouvoir, ne devoir et ne faire Que rire ! — Quel excès d’opprobre1 et de misère ! Quoi ! ce qu’ont les soldats, ramassés en troupeau Autour de ce haillon2 qu’ils appellent drapeau, Ce qui reste, après tout, au mendiant d’Espagne, À l’esclave en Tunis, au forçat dans son bagne, À tout homme ici-bas qui respire et se meut, Le droit de ne pas rire et de pleurer, s’il veut, Je ne l’ai pas ! — Ô Dieu ! triste et l’humeur mauvaise, Pris dans un corps mal fait où je suis mal à l’aise, Tout rempli de dégoût de ma difformité, Jaloux de toute force et de toute beauté, Entouré de splendeurs qui me rendent plus sombre, Parfois, farouche et seul, si je cherche un peu l’ombre, Si je veux recueillir et calmer un moment Mon âme qui sanglote et pleure amèrement, Mon maître tout à coup survient, mon joyeux maître, Qui, tout-puissant, aimé des femmes, content d’être, À force de bonheur oubliant le tombeau, Grand, jeune, et bien portant, et roi de France, et beau, Me pousse avec le pied dans l’ombre où je soupire, Et me dit en bâillant : Bouffon ! fais-moi donc rire ! — Ô pauvre fou de cour ! — C’est un homme, après tout. — Eh bien ! la passion qui dans son âme bout, La rancune, l’orgueil, la colère hautaine, L’envie et la fureur dont sa poitrine est pleine, Le calcul éternel de quelque affreux dessein3, Tous ces noirs sentiments qui lui rongent le sein, Sur un signe du maître, en lui-même il les broie, Et, pour quiconque en veut, il en fait de la joie ! Victor HUGO, Le Roi