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SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. Chateaubriand raconte comment, étant enfant, son père l’oblige à dormir dans une vieille tour sinistre. Quelques martinets1, qui durant l’été s’enfonçaient en criant dans les trous des murs, étaient mes seuls compagnons. La nuit, je n’apercevais qu’un petit
SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. Chateaubriand raconte comment, étant enfant, son père l’oblige à dormir dans une vieille tour sinistre. Quelques martinets1, qui durant l’été s’enfonçaient en criant dans les trous des murs, étaient mes seuls compagnons. La nuit, je n’apercevais qu’un petit morceau de ciel et quelques étoiles. Lorsque la lune brillait et qu’elle s’abaissait à l’occident, j’en étais averti par ses rayons, qui venaient à mon lit au travers des carreaux losangés de 5 la fenêtre. Des chouettes, voletant d’une tour à l’autre, passant et repassant entre la lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l’ombre mobile de leurs ailes. Relégué dans l’endroit le plus désert, à l’ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. Quelquefois le vent semblait courir à pas légers ; quelquefois il laissait échapper des plaintes ; tout à coup ma porte était ébranlée avec violence, les 10 souterrains poussaient des mugissements, puis ces bruits expiraient pour recommencer encore. À quatre heures du matin, la voix du maître du château, appelant le valet de chambre à l’entrée des voûtes séculaires2, se faisait entendre comme la voix du dernier fantôme de la nuit. Cette voix remplaçait pour moi la douce harmonie au son de laquelle le père de Montaigne éveillait son fils. 15 L’entêtement du comte de Chateaubriand à faire coucher un enfant seul au haut d’une tour pouvait avoir quelque inconvénient ; mais il tourna à mon avantage. Cette manière violente de me traiter me laissa le courage d’un homme, sans m’ôter cette sensibilité d’imagination dont on voudrait aujourd’hui priver la jeunesse. Au lieu de chercher à me convaincre qu’il n’y avait point de revenants on me força de les braver. Lorsque mon 20 père me disait, avec un sourire ironique : « Monsieur le chevalier aurait-il peur ? » il m’eût fait coucher avec un mort. Lorsque mon excellente mère me disait : « Mon enfant, tout n’arrive que par la permission de Dieu ; vous n’avez rien à craindre des mauvais esprits, tant que vous serez bon chrétien ; » j’étais mieux rassuré que par tous les arguments de la philosophie. Mon succès fut si complet que les vents de la 25 nuit, dans ma tour déshabitée, ne servaient que de jouets à mes caprices et d’ailes à mes songes. Mon imagination allumée, se propageant sur tous les objets, ne trouvait nulle