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SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. Maurice Genevoix, né en 1880, raconte ses propres souvenirs de la guerre de 14-18. Mobilisé dès le début du conflit, il est affecté à un des secteurs les plus difficiles, celui des Eparges, dans le Nord-Est de la
SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. Maurice Genevoix, né en 1880, raconte ses propres souvenirs de la guerre de 14-18. Mobilisé dès le début du conflit, il est affecté à un des secteurs les plus difficiles, celui des Eparges, dans le Nord-Est de la France. Alors qu’il vient d’échapper à un obus, à proximité du front, il voit arriver un cheval. Il s’est arrêté court dès qu’il m’a vu. Il reste là, immobile sur ses pattes enflées, les naseaux battants, une oreille pointée vers moi, l’autre tendue en arrière, du côté où sifflaient les balles. Mais bientôt son col s’incline au poids de sa grosse tête et, le mufle à ras de terre, la lèvre longue, il se met à tondre l’herbe. 5 « On est ami, n’est-ce pas ? » Je caresse le flanc décharné, la peau tiède tendue sur les cercles de la carcasse. « Tu saignes, mon pauvre vieux ? Est-ce qu’ils t’auraient touché ? » Un filet vermeil sinue au poitrail, glisse le long de la patte gauche, jusqu’au genou. Cela coule d’un petit sillon sombre, près de l’épaule, creusé au passage par la pointe 10 d’une balle. « Eh bien ! tu l’as échappé belle ! C’est idiot de se promener comme ça au nez des Boches ! » Le vieux cheval a soulevé la tête, dressé l’oreille comme s’il m’écoutait. Mais ses naseaux s’ouvrent tout grands et ses jambes se mettent à trembler : un obus siffle au 15 loin, franchit la vallée en ronronnant, et plante une colonne de fumée jaune au-dessous du Bois-Haut, à mi-pente. Lorsque le roulement de l’explosion passe sur nous, la pauvre bête, d’un saut maladroit, fait volte-face pour fuir. Plus agile qu’elle, je lui ai barré la route de mes deux bras étendus : elle recule peu à peu devant moi, la tête rejetée en arrière, ses sabots faisant rouler les pierres. Quand je la vois calmée, 20 retombée à sa placidité, je cours glaner dans une grange quelques poignées de foin perdues aux coins de l’aire. Je reviens. Il est toujours là, broutant à petits coups de lèvres. « Tiens, mon bonhomme, c’est pour toi. Mais il faut venir chercher ça de l’autre côté des maisons. Si tu restes par ici, tu vas retourner dans les champs ; et ils te tueront. » 25 Les grands yeux troubles me regardent, voilés