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SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. Par les beaux jours d’été, il1 nous emmenait parfois, après le dîner, faire un tour au Luxembourg2 ; nous mangions des glaces, à une terrasse de la place Médicis, et nous traversions à nouveau le jardin dont la
SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. Par les beaux jours d’été, il1 nous emmenait parfois, après le dîner, faire un tour au Luxembourg2 ; nous mangions des glaces, à une terrasse de la place Médicis, et nous traversions à nouveau le jardin dont la sonnerie d’un clairon annonçait la fermeture. J’enviais aux habitants du Sénat leurs rêveries nocturnes, dans les allées désertes. La routine de mes journées avait autant de rigueur que le rythme des saisons : le moindre écart me jetait dans l’extraordinaire. Marcher dans la douceur du crépuscule, à l’heure où d’habitude maman verrouillait la porte d’entrée, c’était aussi surprenant, aussi poétique qu’au cœur de l’hiver une aubépine en fleur. Il y eut un soir tout à fait insolite où nous bûmes un chocolat, à la terrasse de Prévost, face à l’immeuble du Matin3. Un journal lumineux annonçait les péripéties du match qui se déroulait à New York entre Carpentier et Dempsey4. Le carrefour était noir de monde. Quand Carpentier fut mis K.-O., il y eut des hommes et des femmes qui fondirent en larmes ; je rentrai à la maison toute fière d’avoir assisté à ce grand événement. Mais je n’aimais pas moins nos soirées quotidiennes dans le bureau calfeutré ; mon père nous lisait Le Voyage de M. Perrichon5, ou bien nous lisions, côte à côte, chacun pour soi. Je regardais mes parents, ma sœur, et j’avais chaud au cœur. « Nous quatre ! » me disais-je avec ravissement. Et je pensais : « Que nous sommes heureux ! » Une seule chose, par instants, m’assombrissait : un jour, je le savais, cette période de ma vie s’achèverait. Cela ne paraissait pas vraisemblable. Quand on a aimé ses parents pendant vingt ans, comment peut-on, sans mourir de douleur, les quitter pour suivre un inconnu ? et comment peut-on, alors qu’on s’est passé de lui pendant vingt ans, se mettre à aimer du jour au lendemain un homme qui ne vous est rien ? J’interrogeai papa : « Un mari, c’est autre chose », répondit-il ; il eut un petit sourire qui ne m’éclaira pas. Je considérais toujours avec déplaisir le mariage. Je n’y voyais pas une servitude, car maman n’avait rien d’une opprimée ; c’était la promiscuité qui me rebutait. « Le soir, au lit, on ne peut même pas pleurer tranquillement si on en a envie ! » me