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SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. A la fin de la Première Guerre mondiale, Antoine est soigné dans une clinique militaire. Lors d’une permission, il retrouve Daniel mutilé à la suite d’une blessure. Antoine, à son tour, commença, d’une voix hésitante, entrecoupée de toux
SUJET 1 Le candidat traite les 2 parties sur des copies séparées. A la fin de la Première Guerre mondiale, Antoine est soigné dans une clinique militaire. Lors d’une permission, il retrouve Daniel mutilé à la suite d’une blessure. Antoine, à son tour, commença, d’une voix hésitante, entrecoupée de toux : « Il y a des moments où je me dis que c’est la dernière ; que, après celle-là, non, il n’est pas possible de penser qu’il puisse y en avoir d’autres !... Des moments, où j’en suis sûr… Mais, à d’autres moments, je doute… Je ne sais plus… » Daniel mastiquait en silence, les regards perdus. Que pensait-il ? Antoine s’était tu. Il avait vraiment trop de peine à parler plusieurs minutes de suite. Mais il continuait à réfléchir aux mêmes choses, pour la centième, pour la millième fois. « On est épouvanté, se disait-il, quand on mesure froidement tout ce qui s’oppose à la pacification entre les hommes… Combien de siècles encore avant que l’évolution morale – s’il y a une évolution morale ? – ait enfin purgé l’humanité de son intolérance instinctive, de son respect inné de la force brutale, de ce plaisir fanatique qu’éprouve l’animal humain à triompher par la violence, à imposer, par la violence, ses façons de sentir, de vivre, à ceux, plus faibles, qui ne sentent pas, qui ne vivent pas, comme lui ?... Et puis, il y a la politique, les gouvernements… Pour l’autorité qui déclenche la guerre, pour les hommes au pouvoir qui la décident et la font faire aux autres, ce sera toujours, aux heures de faillite, une solution si tentante, si facile… Peut- on espérer que jamais plus les gouvernements n’y auront recours ?... Il faudrait alors que ce leur soit devenu impossible : il faudrait que le pacifisme ait de telles racines dans l’opinion, ait pris une telle extension, qu’il oppose un infranchissable obstacle à la politique belliqueuse des États. C’est chimère que d’espérer ça… Et puis, le triomphe du pacifisme serait-il seulement une sérieuse garantie de paix ? Même si, un jour, dans nos pays, les partis pacifistes tenaient le pouvoir, qui nous dit qu’ils ne céderaient pas à la tentation de faire la guerre pour le plaisir d’imposer, par la violence, l’idéologie pacifiste au reste du monde ? ... » Roger Martin du Gard, Les Thibault, III, Epilogue (1953) Première partie : interprétation littéraire Quelle vision