Aperçu du sujet
Dans ce roman qui se déroule pendant la Première guerre mondiale, l’auteur nous livre sa propre expérience du front. On se remet en marche, parsemés sur la route maintenant grisâtre, très lentement, très pesamment, avec des geignements (1) et de sourdes malédictions que l’effort étrangle dans les gorges. Au bout
Dans ce roman qui se déroule pendant la Première guerre mondiale, l’auteur nous livre sa propre expérience du front. On se remet en marche, parsemés sur la route maintenant grisâtre, très lentement, très pesamment, avec des geignements (1) et de sourdes malédictions que l’effort étrangle dans les gorges. Au bout de cent mètres, les deux hommes formant équipe échangent leurs fardeaux, de sorte qu’au bout de deux cents mètres, malgré 5 la bise aigre (2) et blanchissante du petit matin, tout le monde, sauf les gradés, ruisselle de sueur. Tout à coup une étoile intense s’épanouit là-bas, vers les lieux vagues où nous allons : une fusée. Elle éclaire toute une portion du firmament de son halo (3) laiteux, en effaçant les constellations, et elle descend gracieusement, avec des airs de fée. 10 Une rapide lumière en face de nous, là-bas ; un éclair, une détonation. C’est un obus ! Au reflet horizontal que l’explosion a instantanément répandu dans le bas du ciel, on voit nettement que, devant nous, à un kilomètre peut-être, se profile, de l’est à l’ouest, une crête. 23-HLPJ2AN1 Page agrandie : 2/5 2.1 / 3 15 Cette crête est à nous dans toute la partie visible d’ici, jusqu’au sommet, que nos troupes occupent. Sur l’autre versant, à cent mètres de notre première ligne, est la première ligne allemande. L’obus est tombé sur le sommet, dans nos lignes. Ce sont eux qui tirent. Un autre obus. Un autre, un autre, plantent, vers le haut de la colline, des arbres 20 de lumière violacée dont chacun illumine sourdement tout l’horizon. Et bientôt, il y a un scintillement d’étoiles éclatantes et une forêt subite de panaches phosphorescents sur la colline : un mirage de féerie bleu et blanc se suspend légèrement à nos yeux dans le gouffre entier de la nuit. Ceux d’entre nous qui consacrent toutes les forces arc-boutées de leurs bras et 25 de leurs jambes à empêcher leurs vaseux (4) fardeaux trop lourds de leur glisser du dos et à s’empêcher eux-mêmes de glisser par terre, ne voient rien et ne disent rien. Les autres, tout en frissonnant de froid, en grelottant, en reniflant, en s’épongeant le nez avec des mouchoirs mouillés (5) qui pendent de l’aile, en maudissant les obstacles de la route en lambeaux, regardent et commentent. 30 - C’est comme si tu vois un feu d’artifice, disent-ils. 23-HLPJ2AN1 Page agrandie : 3/5 2.2