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Écrivain, grand voyageur, Blaise Cendrars revient dans son récit autobiographique Bourlinguer sur ses souvenirs et se livre à une véritable introspection. Aujourd’hui, c’est le 1er septembre 1947, c’est le jour de mon anniversaire, j’ai 60 ans. Qui suis-je ? Les quelques portraits de peintres que je viens d’énumérer dans le
Écrivain, grand voyageur, Blaise Cendrars revient dans son récit autobiographique Bourlinguer sur ses souvenirs et se livre à une véritable introspection. Aujourd’hui, c’est le 1er septembre 1947, c’est le jour de mon anniversaire, j’ai 60 ans. Qui suis-je ? Les quelques portraits de peintres que je viens d’énumérer dans le paragraphe précédent ne me servent à rien pour répondre à cette question, pas plus 5 que ne me sont utiles, pour résoudre ce problème de l’identité de soi, les milliers de photographies pittoresques que l’on a pu faire de moi dans tous les pays du monde, les instantanés(1), les bouts de pellicule, les chutes de films de montage et les négatifs que l’on a pu collectionner quand je faisais du cinéma et parce que j’y figurais comme acteur, ou comme metteur en scène ou auteur du scénario dans le générique, les 10 agrandissements et les clichés publicitaires et jusqu’à cette radiographie en relief que l’on a faite de moi au lendemain d’un accident d’automobile, où l’on voit par transparence mon cœur à l’aorte déviée, le docteur Dioclès, le grand spécialiste de l’Hôtel-Dieu(2), pointant de son stylomine(3) mes poumons, mon estomac, mes intestins, mon foie, ma rate et me faisant toucher du doigt les vraies et les fausses côtes de ma 15 cage thoracique qui encerclent ces organes comme dans un tonneau et compter mes vertèbres, du sacrum, entre les os iliaques, jusqu’à la pinéale(4), en avant du repli postérieur du cerveau, cette documentation n’est bonne à rien, ne me livre tout au plus qu’une image fugitive, chronométrée en telle et telle année, tel mois, tel jour, à telle heure, sous telle et telle latitude, dans tel et tel rôle, tout cela ne répondant pas à la 20 question : en vérité, qui suis-je ? En vérité, je crois que je ne puis répondre à cette question qu’en prenant pour échelle des valeurs les vices connus sous l’appellation des sept péchés capitaux : la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère, l’envie, la paresse et l’orgueil, en me mesurant par rapport à eux, à la notion que j’en ai, à l’art, à l’usure de leur pratique 25 comme on vous fait passer successivement sous différentes toises pour prendre des tests, remplir une fiche signalétique, établir une carte d’identité avec poids, mesures, couleur des yeux, dentition, oreille droite, profil, face, pigmentation de la peau, groupe sanguin, empreintes digitales et autres signes particuliers (des