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Célestine, personnage de fiction, est femme de chambre. Après des services pénibles et humiliants chez de mauvais maîtres, elle est engagée par une vieille dame qui s’efforce d’adoucir l’agonie de Georges, son petit-fils tuberculeux, âgé de 19 ans. M. Georges adorait les vers… Des heures entières, sur la terrasse, au
Célestine, personnage de fiction, est femme de chambre. Après des services pénibles et humiliants chez de mauvais maîtres, elle est engagée par une vieille dame qui s’efforce d’adoucir l’agonie de Georges, son petit-fils tuberculeux, âgé de 19 ans. M. Georges adorait les vers… Des heures entières, sur la terrasse, au chant de la mer, ou bien, le soir, dans sa chambre, il me demandait de lui lire des poèmes de Victor Hugo, de Baudelaire, de Verlaine, de Maeterlinck. Souvent, il fermait les yeux, restait immobile, les mains croisées sur sa poitrine, et croyant qu’il s’était endormi, je 5 me taisais… Mais il souriait et il me disait : — Continue, petite… Je ne dors pas… J’entends mieux ainsi ces vers... j’entends mieux ainsi ta voix… Et ta voix est charmante… Parfois, c’est lui qui m’interrompait. Après s’être recueilli, il récitait lentement, en prolongeant les rythmes, les vers qui l’avaient le plus enthousiasmé, et il cherchait — 10 ah ! que je l’aimais de cela ! — à m’en faire comprendre, à m’en faire sentir la beauté… Un jour il me dit… et j’ai gardé ces paroles comme une relique : — Ce qu’il y a de sublime, vois-tu, dans les vers, c’est qu’il n’est point besoin d’être un savant pour les comprendre et pour les aimer... au contraire... Les savants ne les comprennent pas et, la plupart du temps, ils les méprisent, parce qu’ils ont trop 15 d’orgueil... Pour aimer les vers, il suffit d’avoir une âme… une petite âme toute nue, comme une fleur… Les poètes parlent aux âmes des simples, des tristes, des malades... Et c’est en cela qu’ils sont éternels… Sais-tu bien que, lorsqu’on a de la sensibilité, on est toujours un peu poète ?… Et toi-même, petite Célestine, souvent tu m’as dit des choses qui sont belles comme des vers… 20 — Oh !… monsieur Georges… vous vous moquez de moi… — Mais non !… Et tu n’en sais rien que tu m’as dit ces choses belles… Et c’est ce qui est délicieux… Ce furent pour moi des heures uniques ; quoi qu’il arrive de la destinée, elles chanteront dans mon cœur, tant que je vivrai… J’éprouvai cette sensation, 25 indiciblement douce, de redevenir un être nouveau, d’assister, pour ainsi dire, de minute en minute, à la révélation de quelque chose d’inconnu de moi et qui, pourtant, était moi… Et, aujourd’hui, malgré de pires déchéances, toute