Aperçu du sujet
Victor Frankenstein réussit à assembler un être et à lui donner la vie, mais, horrifié par le résultat de ses expériences, l’abandonne. Livrée à elle-même, la créature va trouver refuge dans une chaumière où elle apprend à parler et à lire. Dans cet extrait, elle évoque les ouvrages qu’elle vient
Victor Frankenstein réussit à assembler un être et à lui donner la vie, mais, horrifié par le résultat de ses expériences, l’abandonne. Livrée à elle-même, la créature va trouver refuge dans une chaumière où elle apprend à parler et à lire. Dans cet extrait, elle évoque les ouvrages qu’elle vient de découvrir. « Tout en lisant, je faisais néanmoins bien des rapprochements entre ce que disaient ces livres et mes sentiments et ma condition à moi. Je me trouvais semblable aux êtres dont il était question dans mes lectures, et dont j’entendais les conversations, mais en même temps étrangement différent d’eux. Je partageais leurs sentiments et je les comprenais en partie, mais mon esprit n’était point formé. Je ne dépendais de personne et n’avais de lien avec qui que ce fût. « La voie de mon départ était libre », et il n’y avait personne qui pût déplorer ma disparition. J’étais hideux et j’avais une taille gigantesque : que signifiait cela ? Qui étais-je ? Qu’étais-je ? D’où venais-je ? Où irais-je ? Ces questions revenaient sans cesse, mais j’étais incapable d’y répondre. Le volume des Vies de Plutarque1 qui était en ma possession contenait l’histoire des premiers fondateurs des Républiques de l’Antiquité. Ce livre fit sur moi un effet bien différent des Souffrances de Werther2. Des rêveries de Werther j’avais appris le découragement et la mélancolie, mais Plutarque m’enseigna des pensées élevées. Il m’éleva au-dessus de la misérable sphère de mes propres réflexions pour me faire admirer et aimer les héros des temps anciens. Bien des choses que je lisais n’étaient point à la portée de mon entendement ni de mon expérience. J’avais quelques notions confuses à propos des royaumes, des grands espaces, des fleuves puissants et des mers immenses. Mais je ne savais absolument rien des villes et des grands rassemblements humains. La chaumière de mes protecteurs était la seule école où j’eusse étudié la nature humaine, mais ce livre-ci me révéla de nouvelles scènes d’action, plus éloquentes. Je lus des récits où des hommes chargés des affaires publiques gouvernaient ceux de leur propre espèce ou bien les massacraient. Je sentis se soulever en moi le plus ardent désir de vertu et la plus grande horreur du vice, pour autant que j’entendisse le sens de ces termes, si exclusivement reliés, lorsque je les employais, au plaisir et à la douleur. Poussé par de tels sentiments, je ne pus