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L’ADOLESCENT SOUFFLETÉ 1 Les mêmes coups qui l’envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie, vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l’iniquité2 d’un seul. Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre
L’ADOLESCENT SOUFFLETÉ 1 Les mêmes coups qui l’envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie, vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l’iniquité2 d’un seul. Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût3 résistant, il descendait ensuite à reculons dans le mutisme4 de ce 5 savoir et dans son innocence. Enfin il s’échappait, s’enfuyait et devenait souverainement heureux. Il atteignait la prairie et la barrière des roseaux dont il cajolait la vase et percevait le sec frémissement. Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus persévérant, l’avait, en compensation, adopté. Il recommencerait ainsi jusqu’au moment où, la nécessité de rompre disparue, il se 10 tiendrait droit et attentif parmi les hommes, à la fois plus vulnérable et plus fort. René Char, Les Matinaux,1950. 1. souffleté : giflé. 2. iniquité : injus(cid:415)ce. 3. fût : tronc d’un arbre. 4. mu(cid:415)sme : état d’une personne qui refuse de parler ou est réduite au silence. Première partie : interprétation littéraire Comment, dans ce poème, l’adolescent surmonte-t-il la violence qu’il subit ? Deuxième partie : essai philosophique Peut-on devenir soi-même sans ruptures ? 25-HLPJ1JA1 Page 2/2