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Je ne sais quelles gens Je ne sais quelles gens fuyant je ne sais quelles autres. Dans un je ne sais quel pays sous le soleil et sous certains nuages. Ils laissent derrière eux leur je ne sais quel tout, 5 champs labourés, je ne sais quelles poules, quels chiens,
Je ne sais quelles gens Je ne sais quelles gens fuyant je ne sais quelles autres. Dans un je ne sais quel pays sous le soleil et sous certains nuages. Ils laissent derrière eux leur je ne sais quel tout, 5 champs labourés, je ne sais quelles poules, quels chiens, quels miroirs où des flammes se reflètent. Ils portent sur leurs dos cruches et balluchons. Plus ils sont vides et plus ils pèsent lourd. S’accomplit en silence – je ne sais quel dénouement, 10 dans le tumulte, d’un quignon de pain – je ne sais quel dépouillement, et puis, d’un enfant mort – je ne sais quel balancement. Devant eux toujours la même route – pas par là, le même pont – qu’il ne faut pas, à travers une rivière bizarrement toute rose. 15 Autour sans cesse des tirs, une fois près, une fois loin, au dessus un avion qui tourne un peu. Il faudrait là un peu d’invisibilité, de grisaillerie caillou, ou, mieux encore, d’absence, 20 pour un très court instant, voire un tantinet plus long. Il se passera sans doute, mais alors quoi et où ? Quelqu’un les accueillera, mais alors qui et quand, en combien de personnes, avec quelles intentions ? S’il a encore le choix, 25 il voudra bien, peut-être, ne pas être leur ennemi, et leur laisser une je ne sais quelle vie. Wislawa Szymborska, Vue avec grain de sable, 1996, traduit du polonais par Piotr Kaminski. Première partie : interprétation littéraire Que dit ce poème des victimes de la guerre ? Deuxième partie : essai philosophique Peut-on conserver son humanité dans des circonstances qui risquent de nous en dépouiller ? 25-HLPJ2ME1 Page 2/2