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En 1870, lors du conflit qui oppose la France et la Prusse, Théodore-Faustin Péniel est au sol sur le champ de bataille quand un cavalier prussien le charge. Il entendit siffler l’air au-dessus de sa tête et presque aussitôt ce sifflement s’éteindre en un son mat et mou. Déjà cheval
En 1870, lors du conflit qui oppose la France et la Prusse, Théodore-Faustin Péniel est au sol sur le champ de bataille quand un cavalier prussien le charge. Il entendit siffler l’air au-dessus de sa tête et presque aussitôt ce sifflement s’éteindre en un son mat et mou. Déjà cheval et cavalier avaient disparu. D’ailleurs tout venait de disparaître, même le ciel soudain submergé par un afflux de sang. Théodore-Faustin s’arrêta net de rire, le ciel en crue lui versait du sang plein les yeux 5 et la bouche. Il sentit un mot lui monter à la bouche mais s’y noyer aussitôt ; c’était le nom de son père, le nom qu’il voulait crier à Noémie pour qu’elle le donne à leur fils. Le cavalier poursuivait sa course droit devant lui, dansant toujours avec souplesse sur sa selle avec d’amples gestes infatigables accompagnés de sifflements. Ainsi se termina la guerre du soldat Péniel. Elle avait duré moins d’un mois. Mais 10 alors elle s’installa au-dedans même du corps de sa victime où elle se prolongea pendant près d’un an. Théodore-Faustin demeura si longtemps couché, les yeux clos, les membres inertes, dans un lit de fer au fond d’une salle, que lorsqu’il se releva enfin il lui fallut réapprendre à marcher. Il lui fallut d’ailleurs tout réapprendre, à commencer par lui-même. Tout en lui avait changé, sa voix surtout. Elle avait perdu son timbre grave et ses inflexions 15 si douces. Il parlait maintenant d’une voix criarde et syncopée, aux accents heurtés, trop puissants. Il parlait avec effort, cherchant incessamment ses mots qu’il jetait ensuite dans des phrases désarticulées, incohérentes presque. Il parlait surtout avec violence, lançant ses débris de phrases à la tête de ses interlocuteurs comme autant de poignées de cailloux. Mais le plus terrible était son rire ; un rire mauvais qui le prenait sept fois par jour, secouant 20 son corps à le distordre. Cela ressemblait davantage à un grincement de poulie rouillée qu’à un rire et à chacun de ses accès les traits de son visage se déformaient en rides et grimaces. Mais l’ensemble de son visage, même au repos, était de toute façon défiguré. Le coup de sabre du uhlan1 lui avait fracassé la moitié du crâne et de la face et une énorme cicatrice sillonnait en diagonale sa peau depuis le haut de la tête jusqu’au menton, divisant son 25 visage en deux pans