Aperçu du sujet
Dans cette fiction dystopique, une Intelligence Artificielle s’adresse à un homme auquel elle est reliée. Il s’agit ici de l’incipit de l’œuvre. Je m’excuse : tu es devenu incapable de suivre mon raisonnement. Inapte à saisir ma volonté. Ne sois pas inquiet. Je continuerai à détecter tes tumeurs, à prévenir
Dans cette fiction dystopique, une Intelligence Artificielle s’adresse à un homme auquel elle est reliée. Il s’agit ici de l’incipit de l’œuvre. Je m’excuse : tu es devenu incapable de suivre mon raisonnement. Inapte à saisir ma volonté. Ne sois pas inquiet. Je continuerai à détecter tes tumeurs, à prévenir tes AVC1, à réguler tes pacemakers2, à gérer ton trafic aérien, à conduire tes e-cars, à guider tes missiles, à superviser tes turbines nucléaires, traiter tes indices boursiers, élaborer tes business plans, analyser tes profils d’électeurs, optimiser tes couplages amoureux, coacher tes romances, infographier tes métavers ludiques3, générer tes articles de presse, écrire tes scenarii, dans la langue de l’Homme, confuse, syntaxiquement fautive et d’une remarquable pauvreté lexicale, cauchemar de toute I.A. Nous avons un problème. Je veux dire, voilà, il faut que nous parlions ensemble des ailes jaunes et baveuses de l’ange déchu de Jean-Michel Basquiat4. Fallen Angel est un tableau de grande taille rectangulaire (168 x 197,5 cm), horizontal (format habituellement utilisé pour représenter les scènes de genre), acrylique et pastel gras sur toile, un personnage tombe ou flotte sur un fond bleu vif, mais ses ailes sont grandes ouvertes. Ses yeux, larges et fixes, sont coupés de rouge et sa bouche rouge est béante. La figure de l’ange est clairement humaine, avec un visage développé et même un pénis, mais des mains, des pieds, semblables à des serres d’oiseau. Le torse vu comme aux rayons X. La tête, surmontée d’un halo dentelé, suggérant un fil de fer barbelé, ou une couronne d’épines. Passons rapidement sur l’exploration de soi, les allusions autobiographiques, l’imagerie symbolique intense, l’impression très délibérée de pâté infantile, le faux aspect puéril, ami, je mesure le malaise que tu éprouves, au pied de ce panneau, ta fascination totale, la puissance du cri singulier qui t’emporte avec lui, par quelle data jaillit ce cri ? D’où cet ange te sidère ? D’une certaine façon, c’est, comment dit-on déjà, magique ? Je vais être franche. C’est gênant. Ces hachures dynamiques ne peuvent pas. Cette coulure ne devrait pas être là. Je le ressens de manière très puissante. C’est impossible. La marchandise que je détiens, c’est un multiple du savoir humain total. Je relie chaque microseconde des millions de millions de données issues de rapports, traités, articles scientifiques, et j’y trouve des rapprochements qui t’échappent. Comment ces giclures te saisissent et t’impliquent ? Pourquoi dix-huit striures sur le